Par delà les nuages est le premier long métrage du réalisateur indépendant Makoto Shinkai, arrivé fin 2004 sur les grands écrans nippons. Il fait suite à une autre réalisation, plus courte certes, mais qui reste également dans les annales: Hoshi No Koe (La voix d'une étoile lointaine), court métrage de 25 minutes. Mais sa grande particularité, c'est son travail en solitaire: vous m'avez bien entendu, Makoto Shinkai travaille seul son animation. On est loin des équipes des grands studios, travaillant à grand rendement: ici, l'auteur nous livre sa méticulosité dans une oeuvre que l'on peut réellement qualifier de personnelle.

Synopsis:

Le monde de Par delà les nuages est identique au nôtre à la fin du XXème Siècle, à un détail près: une divergence dans l'histoire a fait apparaitre une tour gigantesque en plein Japon. Ce dernier est d'ailleurs divisé en deux nations en guerre, l'une alliée aux américains, l'autre "l'Union", est une puissance militaire, possédant la tour et présentant une menace pour l'humanité. Deux gamins, Hiroki et Takuya, travaillent depuis qu'ils sont au collège à la fabrication d'un avion, pour réaliser leur rêve: approcher la tour. Ils vont rencontrer Sayuri, une jeune fille de leur collège, avec qui ils vont partager la promesse d'aller jusqu'à la tour. Cependant, la jeune fille est emprise à des rêves concernant la mystérieuse tour...

Analyse Graphique et Cinématographique:

Le style graphique est indéniablement celui de Makoto Shinkai, et ceux qui ont vu Hoshi No Koe reconnaitront dès les premières images la touche de l'auteur: un style particulièrement soigné, bourré de détails, sans toutefois entrer dans l'ultra réaliste. La majorité de l'animation est de l'ancienne école, un travail à la main très pointilleux, des touches de couleur bleue, rouges, grises, se mêlant entre elles, absorbant les halos lumineux omniprésents. La lumière joue également un rôle significatif dans l'image: de par les reflets, halos, et autres effets optiques, Shinkai donne de la chaleur dans ce monde froid et usé par la guerre et le désespoir, on se prendra même à observer des reflets caustiques animés à la perfection sur le plafond une rame de train, une grande particularité et un souci du détail qui sont propres à l'auteur.

Une autre particularité, non pas graphique cette fois-ci mais plus du domaine cinématographique est le travail du plan: alors que la tendance est aujourd'hui au plan dynamique, aidé par les techniques numériques en vogue, les plans de Par delà les nuages sont très souvent fixes, jouant entre le rapproché et le plan éloigné, avec souvent des sujets décadrés, parfois des détails du décor où le plan vient se poser tandis que les protagonistes sont en pleine discussion. Le travail du plan fixe est réalisé avec brio et propose des compositions loin de la "soupe commerciale" qui inonde nos écrans. En laissant le protagoniste entrer, agir et sortir du plan, les protagonistes ne sont plus le centre du monde: ils évoluent dans un décor auquel une importance tout aussi grande est accordée.

Vous avez dit fleur bleue?

J'ai pu entendre ça et là, des critiques assez amères sur ce film, concernant son animation très pauvre, la progression très lente du scénario, ce dernier également jugé trop "fleur bleue". Il n'en est rien: tout dabord, si l'animation est pauvre, elle est tout à fait suffisante pour un film de ce type, nous ne sommes pas dans un grand film d'action où mechas viennent se crêper le chignon à tout-va, nous sommes dans un film romantique, et quand je dis romantique, je ne dis pas "fleur bleue". Et pour celà je distinguerai Par delà les nuages de Howl's Moving Castle de Miyazaki, qui est un film fleur bleue. Vous me direz "mais quelle est la différence? Ces deux films racontent une histoire d'amour!": la grande différence tient dans la manière de raconter. A la manière d'un poème, Makoto Shinkai fait évoluer tout doucement son intrigue, se plaçant dans le détail, offrant des rimes à son histoire, s'attardant sur des éléments qui sembleraient dérisoires à la progression du scénario, mais qui sont irremplaçables pour l'expression de l'amour grandissant. Tout est dans la nuance: autant j'ai trouvé du romantisme assez Rentre-dedans avec le dernier Miyazaki (que ne n'ai pas détesté, au contraire), autant le romantisme qui se dégage de Par delà les nuages est aéré, léger, mais tellement touchant.

Pour finir, je parlerai de la musique, toujours excellente, et au niveau de celle de Hoshi No Koe, le thème final est vraiment l'apogée de l'émotion, indéniablement bien adapté à l'image, il forme avec elle ce qu'on pourrait appeler l'essence d'un film de Shinkai, mais pour celà, je ne saurais utiliser tous les mots de la terre pour vous convaincre de regarder ce chef-d'oeuvre, si toutefois vous avez la chance de pouvoir le voir, car en effet, il n'est encore disponible qu'au Japon. Un jour peut-être en France?

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PeeWeeK

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